Optimisme sur le chemin vers la numérisation de la Roumanie
Edge Institute est le premier groupe de réflexion roumaine qui se propose de soutenir la transition numérique affin d’aider la Roumanie à atteindre la moyenne européenne de développement et d'utilisation des services numériques

Iulia Hau, 26.03.2025, 12:44
Selon une récente étude, 59% des Roumains considèrent la numérisation comme une chose bénéfique et 52% affirment qu’elle a un impact positif sur la qualité de leur vie. Et pourtant, la Roumanie occupe toujours la dernière place en Europe quand il s’agit du développement et de l’utilisation des services numériques. Rien qu’un exemple : tandis qu’en 2024, 70% des citoyens européens ont utilisé Internet au moins une fois au cours des douze derniers mois, en Roumanie, ce taux n’a été que de 25%. En 2023, alors que 55,6% des Européens possédaient des compétences numériques au-dessus de la moyenne, en Roumanie ce pourcentage n’a été que de 28%. La Roumanie se classe également dernière en Europe quand il s’agit de la transformation numérique des entreprises dont 72% affichent un degré de numérisation très bas, contre une moyenne européenne de 41%.
Edge Institute est le premier groupe de réflexion roumaine qui se propose de soutenir la transition numérique tout au long de la prochaine décennie, avec comme principal objectif d’aider la Roumanie à atteindre la moyenne européenne. Lors de la cérémonie d’inauguration de l’Institut, les participants ont souvent mentionné que la numérisation n’était pas une question de technologie, mais de ressources humaines, parce qu’elle offre de la prédictibilité et de la transparence, tout en offrant aux citoyens le même accès aux informations et surtout aux institutions.
Victor Guzun est consultant en transformation numérique, ancien ambassadeur de la République de Moldova en Estonie et membre du Conseil de l’institut Edge. Depuis 16 ans en Estonie, soit le pays le plus numérisé au monde, Guzun explique pourquoi ce concept a été utilisé trop ces derniers temps et pourquoi les citoyens devraient se toruver toujours au centre des efforts de numérisation :
«La numérisation vise la manière dont chacun d’entre nous peut utiliser les technologies disponibles – internet, téléphone ou ordinateur – ou la possibilité de nous connecter avec n’importe qui au monde, comment utiliser toutes ces technologies qui sont disponibles à tout le monde, qui sont bon marché ou qui coûtent souvent presque rien, répondent à notre intérêt et simplifient les différents processus. Donc, comment faire travailler les machines pour nous simplifier la vie le plus possible ? Il n’existe probablement pas un consensus au sujet de la numérisation même si c’est quelque chose qui impacte la vie de n’importe quel citoyen. Donc chaque citoyen de la Roumanie doit et peut bénéficier de cette numérisation. Et pourquoi je dis que l’on a abusé de ce mot ? Parce qu’il existe cette préconception selon laquelle la numérisation est seulement utile à quelqu’un d’autre et qu’il y a aussi des personnes qui sont omis de cette équation, ce qui est entièrement faux. La numérisation vise pourtant les citoyens et ceux-ci doivent se retrouver au centre de ce processus. Enfin, ce qui manque aussi c’est le fait qu’en charge de la numérisation sont uniquement les ministères et des départements spécialisés, ce qui est également une erreur. Et cela parce que si seulement les ministères spécialisés sont impliqués et s’ils ne suivent pas ce que j’ai mentionné, soit mettre le citoyen au centre, alors ces solutions numériques ne répondront pas aux besoins des gens. Et par conséquent, les gens ne les utiliseront pas, parce qu’en fin de compte ces derniers veulent simplifier les processus, les rendre plus efficaces. Finalement les choses au lieu de devenir plus simples, deviendront plus compliquées »
Un droit social
Internet devrait être un droit social dont tout le monde devrait bénéficier, estime notre invité. A son avis, la numérisation de la société doit être doublée de l’accès général et sans discrimination à un Internet de qualité. Prenons l’exemple de l’Estonie, dont la société est à 100 % numérisée. Ses citoyens profitent d’une multitude de bénéfices : un accès immédiat à leur dossier médical et pharmaceutique complet qui peut s’avérer essentiel en cas d’urgence médicale ; le vote en ligne – accessible à tous, où qu’ils se trouvent; ou encore l’accès aux bulletins scolaires de leurs enfants, y compris aux graphiques d’évolution des notes. On ne saurait oublier non plus la possibilité de gérer une affaire en ligne sans avoir besoin d’entrer en contact direct avec les institutions publiques. Plus encore, l’Estonie offre la possibilité de compléter et de conclure différent contrats – immobiliers, de mariage, de divorce et autres – en ligne, parallèlement à la possibilité de les obtenir auprès d’un fonctionnaire public. Il est important d’avoir ce choix, insiste Victor Guzun.
La Roumanie a de la chance
De leur côté, les experts d’Edge sont optimistes quant aux chances de la Roumanie de devenir une société numérisée. A considérer aussi l’exemple de l’Ukraine, qui suite à l’invasion des troupes russes, a développé une solution rapide pour la création des passeports en ligne. Victor Guzun explique :
« Rien qu’un exemple. Lorsque l’agression militaire directe de la Russie a été déclenchée, 7 millions d’Ukrainiens ont quitté leur pays et ils ont été nombreux à se rendre en Roumanie. Nombre d’entre eux ont oublié chez eux leurs passeports, leurs papiers d’identité, tellement rapide était l’avancée de l’agresseur. Alors, dans l’espace de seulement quelques semaines, il a fallu développer tout ce concept de reconnaissance des papiers d’identité en format digital, y compris légalement, le tout depuis son portable ».
Comme mentionné, notre interlocuteur est optimiste quant à la capacité de la Roumanie d’avancer dans le domaine de la numérisation.
« La Roumanie peut faire un progrès immense si tous ces éléments sont pris en compte. Et j’aimerais bien que ce soit Edge à le faire. On veut être un intermédiaire qui aide les institutions de l’Etat à faire ce pas ver la numérisation. Nous avons l’ambition, nous avons un projet optimiste et il existe suffisamment d’arguments qui disent que la Roumanie peut le faire. En fait, la Roumanie dispose de tous les éléments nécessaires pour se transformer en une société numérisée. Il suffit de bien se coordonner et de mieux coopérer. Alors, l’institut Edge tentera justement de bien collaborer avec ses différents partenaires : publics, privés, du système éducationnel, du système médical et bien d’autres domaines »
Mais attention : tout effort en vue de la numérisation doit partir des problèmes et des besoins spécifiques de la société où il est mis en place ; il ne faut surtout pas tenter d’importer des solutions déjà trouvées par d’autres pays, met en garde Victor Guzun.