Le général Gheorghe Avramescu
En 1916, lorsque la Roumanie entre dans la Grande Guerre aux côtés de l’Entente, Avramescu se fait remarquer à la tête de sa compagnie dans les batailles de Dobroudja, où il sera blessé. Réintégrant la première ligne, il prendra part à la bataille de Mărășești de 1917, où son unité maintient ses lignes sous les coups de boutoir de l’armée allemande.
Steliu Lambru, 31.03.2025, 11:52
Pendant les guerres que la Roumanie a dû traverser durant le 20e siècle, dont les guerres balkaniques, les deux guerres mondiales et la guerre roumano-hongroise de 1919, quelques grands noms de généraux et de chefs de guerre se sont remarqués. Celui qui deviendra le général Gheorghe Avramescu est né en 1884, à Botoșani, dans le nord-ouest de la Roumanie. Jeune officier, il prend part à la campagne de Bulgarie de 1913, pendant la seconde guerre balkanique. En 1916, lorsque la Roumanie entre dans la Grande Guerre aux côtés de l’Entente, Avramescu se fait remarquer à la tête de sa compagnie dans les batailles de Dobroudja, où il sera blessé. Réintégrant la première ligne, il prendra part à la bataille de Mărășești de 1917, où son unité maintient ses lignes sous les coups de boutoir de l’armée allemande. Décoré et avancé en grade après la première Guerre mondiale, Gheorghe Avramescu rejoint l’Ecole supérieure de guerre, pour devenir successivement ensuite chef d’état-major de division, commandant de régiment, commandant de brigade, enfin commandant de division. En 1941, lors de l’entrée de la Roumanie dans la Seconde Guerre mondiale, il est avancé général et nommé commandant des Chasseurs alpins, qui prendront part à la libération de la Bessarabie et de la Bucovine de Nord de l’occupation soviétique, puis à la guerre menée par la Roumanie contre l’URSS aux cotés des troupes de l’Axe. Le 23 août 1944, lorsque la Roumanie rejoint les Alliés, l’on retrouve le général Avramescu à la tête de la 4e armée roumaine, luttant aux côtés des Soviétiques et contre les Allemands cette fois-ci. Un communiqué issu au mois de mars 1945 par l’Armée rouge nous apprendra la mort du général Avramescu dans un bombardement allemand en Hongrie.
Des versions de l’histoire qui diffèrent
Le général Constantin Lățea, membre à l’époque du Grand État-Major général de l’armée roumaine et survivant de la bataille de Stalingrad racontait lors d’une interview de 1996, conservée par le Centre d’histoire orale de la Radiodiffusion roumaine, une toute autre histoire de la mort du général Avramescu que celle véhiculée par les officiels de l’armée soviétique :
« Avramescu était présagé remplacer le premier-ministre de l’époque, nommé après le 23 août 1944, le général Radescu, que les Soviétiques poussaient vers la sortie. Il lui fallait donc quitter son poste de commandant pour aller à Bucarest. Il était prévu à ce qu’il rende en chemin une visite de courtoisie au commandant de la 40e armée soviétique à laquelle la 4e armée roumaine était subordonnée. Il y avait dans ce convoi le général Avramescu avec son épouse et sa fille, son petit-fils, l’interprète, Bombonel Negoiescu et un officier du commandement. Il paraît que le convoi s’est arrêté au poste de commande et Avramescu est descendu saluer le commandant soviétique. Un quart d’heure plus tard, un majeur invite les dames prendre le thé. Le manège se répète ensuite avec les officiers présents dans le convoi du commandant roumain. Mais, dès qu’ils sont rentrés à l’intérieur, ils se font arrêter par des agents de la NKVD. Tous les membres du convoi ont disparu. Les chauffeurs, les ordonnances, tout le monde. Trois jours plus tard la fille du général Avramescu s’est pendu. Le général lui-même disparait sans laisser des traces. »
Des parts d’ombre persistent encore
Si l’opinion générale est que le général Avramescu a été exécuté par les Soviétiques, Constantin Lățea considère en 1996 que le mystère demeure entier :
« Ce qui est advenu du général Avramescu demeure toujours un mystère. Le général soviétique Rodion Malinovski signe à un certain moment un décret qui accordait une indemnisation de mérite aux héritiers du général Avramescu. Selon ce document « le général Avramescu est mort à son poste de commandement durant une attaque aérienne ennemie ». Les membres du convoi ont tous été déportés en l’URSS, évidemment à l’exception de la fille du général, Felicia Avramescu, qui s’était suicidée en détention. J’ai reçu plus tard une photo d’une tombe, marquée d’une croix peinte à l’encre noire, située dans un cimetière près de Budapest. La tombe du général Avramescu apparemment. Pourtant, personne, aucun témoin, n’a vu la dépouille du général ».
Quelle qu’a pu être sa fin, le général Gheorghe Avramescu est tombé victime des conséquences de la guerre et de la terrible lutte pour le pouvoir déclenchée par les Soviétiques dans les pays occupés par leurs troupes vers la fin de la Seconde Guerre mondiale. Une tragédie de plus dans une Europe ravagée. (Trad Ionut Jugureanu)