La Reine Hélène de Roumanie
Sur l’ensemble des souveraines de Roumanie, la reine Elena, Hélène, mère du roi Michel I, reste peu connue malgré une biographie qui lui aurait normalement valu la célébrité. Issue de la Maison royale grecque en 1896 du roi Constantin I et de son épouse, la reine Sophie de Prusse, Elena s’est vu accorder une éducation d’inspiration britannique. Malheureusement, sa destinée allait se dérouler sous le signe de l’exil. En 1910, à 14 ans, Elena part pour la première fois en exil aux côtés de son père. Sept ans plus tard, l’abdication forcée du roi Constantin I oblige la jeune princesse à renouer avec l’exil, cette fois-ci en Suisse. A la fin de la Grande Guerre, en 1920, la princesse Elena fait la connaissance du prince Carol de Roumanie, futur roi Carol II. Elle l’épouse une année plus tard et devient mère du futur souverain roumain, Michel I. Pourtant, sa destinée allait être marquée par la souffrance. En 1925, son époux renonce au trône pour rester à l’étranger aux côtés de sa maîtresse, Elena Lupescu. Deux ans plus tard, en 1927, la reine Elena et le roi Carol II divorcent et la souveraine reste en Roumanie pour s’occuper de l’éducation de son fils mineur, le roi Michel. Le retour au pays de Carol, en 1930, et sa réinstallation sur le trône de la Roumanie font beaucoup de malheur à la reine. Attaquée par son ancien époux, elle décide de quitter le pays, en 1932, pour s’exiler à Florence, en Italie, où elle obtient le droit de revoir son fils deux mois par an. En 1940, le roi Carol quitte le pouvoir et Elena regagne la Roumanie où l’actuel roi, Michel, lui réserve un accueil chaleureux, lui attribuant les titres de Majesté et de Reine-mère. Pourtant, la série des exils allait se poursuivre. Aux premiers jours de 1948, la Reine-mère allait se voir contrainte à quitter pour toujours la Roumanie, accompagnée par son fils, Michel I, détrôné par les communistes. Son unique consolation: rester aux côtés de Michel jusqu’à la fin de ses jours, un souhait qu’elle s’est vu accomplir puisqu’elle est morte en 1982, à Lausanne, en Suisse.
Steliu Lambru, 01.07.2016, 15:04
Dans l’histoire de la Roumanie, le nom de la reine Elena se rattache entre autres au salut des Juifs durant les années troubles de la Deuxième guerre mondiale, raconte l’historien Alin Ciupala : «Mis en place à l’automne 1940 et continué lors de la révolte du mouvement nationaliste de la Garde de Fer en 1941, le régime du maréchal Antonescu s’est rendu responsable de ce que l’on pourrait nommer l’Holocauste en Roumanie. Or, c’est justement à cette époque que la reine Elena a usé de toute son autorité afin de sauver de nombreuses familles juives condamnées à la déportation et finalement à mort. Sa détermination allait être reconnue plus tard par les autorités israéliennes qui lui ont remis post mortem le titre de «juste parmi les nations». Le 4 novembre 1993, à l’occasion d’une cérémonie sous le haut patronage de l’Institut Yad Vashem de Jérusalem, le Grand Rabbin de Genève, le docteur Alexandru Safran, a affirmé : « J’ai remémoré le désespoir qui m’a poussé jadis à m’adresser à sa Majesté la Reine-mère Elena pour la prier de protéger la population juive du pays; j’ai revu son visage noble et lumineux, j’ai réentendu sa voix tendre et réconfortante. Aucun de mes appels n’est jamais resté sans réponse. Par sa dévotion et sa sagesse, par sa délicatesse et sa fermeté, la Reine-mère a réussi à sauver de nombreux Juifs persécutés. Je lui en suis reconnaissant. Dans mes ouvrages, j’invoque sa figure comme celle d’une véritable mère, car c’est ainsi qu’elle s’est conduite envers les Juifs de Roumanie dans les années où ceux-ci étaient chassés sans pitié. Dans les cieux, son âme généreuse restera à jamais aux cotés des Justes». (trad. Ioana Stancescu)