Fours daciques
Conquise en 106 par l’empereur romain Trajan et connue 165 années comme la province romaine de Dacie, cette région couvrait le centre du territoire actuel de la Roumanie, situé à l’intérieur de l’arc carpatique et s’étendait vers le sud et le sud-ouest jusqu’au Danube. Nombre de territoires habités en ces temps-là par les Daces ont conservé leur liberté, tout en subissant l’influence culturelle et économique de l’Empire romain. Parmi eux, la contrée de Satu Mare, sise dans le nord de la Roumanie de nos jours. Les fouilles archéologiques ont prouvé l’existence d’intenses échanges commerciaux entre les Daces libres, l’administration romaine et les habitants de la province conquise.
Christine Leșcu, 14.05.2017, 13:28
Les fours daciques de Medieşu-Aurit, qui servaient jadis à cuire la céramique, en témoignent. Ce site passe pour le plus grand centre de production d’objets en céramique de l’Europe de ces temps-là. Les premières fouilles archéologiques, menées entre 1965 et 1967, ont débouché sur la découverte de 10 fours. La reprise, en 2000, des fouilles archéologiques a permis de mettre au jour 250 autres fours de poterie. On y cuisait surtout des pots destinés à conserver les denrées alimentaires et qui dépassaient parfois 200 cm de diamètre. Les objets retrouvés, tout comme les fours de poterie, datent des IIe et IIIe siècles. Une autre caractéristique du centre de Medieşu-Aurit, c’est que la zone de production coïncidait avec celle d’habitation, à la différence d’autres sites où les ateliers étaient situés à la périphérie de l’habitat.
L’archéologue Robert Gindele, chef du chantier des fouilles, poursuit la description du site : « L’unicité de ce site consiste en ce que l’habitat a un caractère quasi industriel, étant centré sur la fabrication de la céramique, étant donné qu’ailleurs, les fours à poterie étaient situés à la périphérie des habitats. Le site se trouve à une centaine de km de l’ancienne cité romaine de Porolissum, actuellement le village de Moigrad du comté de Sălaj. Voilà pourquoi il n’est pas exclu que ce centre de céramique ait partiellement fourni l’armée romaine aussi. A preuve, les objets que nous y avons trouvés, témoignant de la présence des troupes romaines à cet endroit. On pourrait même affirmer que l’on a affaire à un centre industriel avant la lettre. Récemment, nous avons découvert, à seulement 3 km de ces fours, un centre de réduction du minerai de fer. Bref, une intense activité industrielle était menée dans cette zone, considérée comme la plus importante dans l’Europe barbare de cette époque-là ».
Les fouilles archéologiques ont également abouti à la découverte de plusieurs dizaines de milliers de fragments de céramique. Certains d’entre eux sont considérés par les spécialistes comme étant de véritables « indicateurs ethniques ».
Robert Gindele précise quels sont les éléments stylistiques et non seulement qui font la différence entre les céramiques dacique et germanique: « On peut affirmer que le site était habité et que cette poterie a été produite par les Daces libres, chose importante, vu que dans la même région on a découvert des sites germaniques aussi, plus précisément vandales. Le site de Medieşu ne comporte que des vestiges daciques, à savoir de la céramique archaïque, modelée à la main, facilement reconnaissable d’après ses modèles typiques remontant au IIIe siècle. Parmi eux, la tasse et la marmite dacique, à bande alvéolée, datant des règnes de Décébale et de Burebista, donc de la période précédant la conquête romaine. Ces formes archaïques traditionnelles allaient être utilisées jusqu’au IVe siècle ».
Une partie des fragments de céramique découverts à Medieşu-Aurit, dans le département de Satu-Mare, du nord de la Roumanie, sont exposés dans différents musées à travers le pays. Le site est partiellement ouvert aux touristes qui peuvent ainsi admirer les célèbres fours à poterie daciques et observer le travail des archéologues. (Trad. Mariana Tudose)