Motion de censure à Bucarest
Le gouvernement de la coalition formée du Parti Social-Démocrate, Parti National Libéral et de l’Union Démocrate Magyare de Roumanie est confronté à sa première motion de censure
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Bogdan Matei, 26.02.2025, 13:14
Les parlementaires de l’Alliance pour l’Union des Roumains, SOS Roumanie et du Parti des Jeunes (POT), soit les partis qui constituent le bloc souverainiste au sein du Législatif de Bucarest, ont déposé, mardi, la première motion de censure contre le gouvernement dela coalition formée du Parti Social-Démocrate, du Parti National Libéral et de l’Union Démocrate Magyare de Roumanie, installé fin décembre et dirigé par le social-démocrate Marcel Ciolacu. La motion s’intitule « Le Premier ministre Nordis doit partir, les Roumains ont eu assez d’être humiliés» – uneréférence aux liens présumés entre MarcelCiolacu et les auteurs d’une retentissante escroquerie immobilière.
Rappelons-le, au début du mois, l’ancienne députée sociale-démocrate Laura Vicol et son mari, l’homme d’affaires Vladimir Ciorbă, ont été placés en détention provisoire dans l’affaire immobilière mentionnée. Trois autres accusés ont également été placés en détention provisoire dans la même affaire. Dans le cas de six autres, le tribunal a imposé une détention à domicile ou le contrôle judiciaire. L’enquête menée par la Direction de l’enquête sur le Crime organisé et le terrorisme (DIICOT) vise au total 40 personnes et 32 entreprises, présumés d’avoir collecté plus de 195 millions d’euros auprès de personnes physiques ou des sociétés, sans avoir fourni aux clients les appartements, ni les places de parking qu’ils avaient payés. Selon les enquêteurs, dans certains cas le même appartement a été vendu à plusieurs clients.
Des connexions avec Nordis au plus haut niveau
Chef politique de Laura Vicol, présidente de la commission juridique de la Chambre des députés lors de la dernière législature, le premier ministre Marcel Ciolacu a admis avoir voyagé en France et en Espagne à bord d’avions privés, en compagnie de l’ancienne députée et de son mari Vladimir Ciorbă. Le ministre des Transports, SorinGrindeanu, les aurait également accompagnés.
Les initiateurs de la motion accusent donc l’Exécutif d’illégitimité, d’avoir perdusa crédibilité, précisément en associant certains membres du cabinet à l’affaire immobilière Nordis, et de ne pas avoir respecté son propre programme de gouvernance, par lequel il avait promis, entre autres, d’augmenter les salaires et les pensions de retraite. Egalement sur la liste d’accusations : un bilan honteux d’abus et d’échecs pour le gouvernement en place, preuve de la rupture totale entre le pouvoir politique et le peuple roumain.
Une opposition divisée
Par contre, l’Union sauvez la Roumanie,parti pro-européen d’opposition, a annoncé ne pas soutenir cette motion. Selon ses leaders, l’actuelle tentative des souverainistes n’a pas de chances de réussite, et par conséquent l’opposition rate l’occasion d’engager une procédure visant à destituer le Gouvernement au cours de la session parlementaire actuelle, étant donné qu’elle n’a le droit qu’à une seule démarche de ce type par session.
De leur côté, les représentants de la coalition majoritaire affirment que la Roumanie a besoin de solutions sérieuses, et pas de stratégies d’image. Qui plus est, ils promettent de créer un bouclier autour de l’équipe du premier ministre Ciolacu.
Par ailleurs, aux dires des leaders des sociaux-démocrates et des libéraux tout vote en faveur de la motion déposée par lespartis d’opposition sera sanctionnée sans pitié, par l’expulsion du parti.
Avant de finir, disons aussi que l’Alliance pour l’Union des Roumains, SOS Roumanie et le Parti des Jeunes comptent ensemble 154 parlementaires. Pour que la motion de censure soit adoptée, il faut réunir 232 voix favorables, soit la moitié plus un vote du nombre total des sénateurs et des députés.